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Consommer intelligemment des plantes sauvages

Il est indispensable d'avoir de solides connaissances, dans divers domaines, lorsqu'on cueille et consomme des plantes sauvages.

La nature n’est pas un supermarché gratuit. Beaucoup de plantes sont désormais en voie d’extinction à cause de cueillette intempestive et irraisonnée.

Je n'ai pas l'ambition d'être exhaustif dans ces recommandations mais je vous partage ici ma longue expérience de terrain avec tout les réflexes que j'ai acquis. Je n'ai pas la prétention d'être exhaustif et cet article peut évoluer au fil des remarques remontées. L'objectif n'est pas de faire la morale mais d'informer et/ou de rappeler des règles de bon sens.

Règle n°1 : s'assurer qu'on est autorisé à cueillir les plantes sur le terrain qu'on prospecte

Une propriété privée, qu'elle soit clôturée ou non, reste une propriété privée et nul ne peut y pénétrer sans l'autorisation de ses propriétaires. C'est la base même du respect du bien d'autrui. Les plantes poussant sur ce terrain appartiennent au propriétaire du terrain par droit d'accession (art 547 du Code civil).

Toute cueillette sur un terrain privé, sans autorisation du propriétaire, est donc assimilable à un vol de récolte. Cet acte est puni de l'amende prévue pour les contraventions de 2e classe

Consommer intelligemment des plantes sauvages

Règle n°2 : vérifier le statut environnemental du terrain

Dans l'intérêt de la protection de la faune et de la flore sauvages et de la conservation des habitats naturels, certains préfets ont pris des arrêtés limitant et réglementant la récolte pour les non propriétaires ou ayants droit (L 411.1 et 412.1 du code de l’environnement) .Ces arrêtés concernent principalement les parcs, réserves et espèces protégées. Ainsi, les parcs nationaux, les réserves biologiques en forêt domaniale, les réserves naturelles... ont pour objectif de préserver les richesses de la nature. Les cueillettes y sont très réglementées et souvent totalement interdites. On ne glanera qu'avec les yeux

Règle n°3 : évaluer la pollution de l'environnement

Les plantes peuvent absorber les substances toxiques transportées par l’eau ou le vent. La proximité d’un champ ou d’un jardin traités avec des engrais et de produits phytosanitaires est à éviter.

La cueillette dans une prairie pâturée expose au risques de douve

Éviter les cueillettes aux abords des champs (surtout en contrebas de ceux-ci) et au bord des routes à cause des gaz d’échappement qui contaminent les plantes.

Pour ramasser sur les berges des rivières : assurez-vous que le département ne l’a pas déclarée impropre à la baignade.

Ne pas cueillir non plus le long des promenades de chiens

Consommer intelligemment des plantes sauvages

Règle n°5 : respecter la nature

La trace de notre passage ne doit pas se remarquer ; par conséquent laissons les lieux propres.

Outre de respecter les plantes, il faut aussi respecter la faune en faisant le moins de bruit possible et en respectant leur habitat.

On ne saccage pas les endroits où on passe.

Règle n°6 : disposer d'un minimum de matériel

Ce matériel peut être :

- une petite trousse de secours en cas de coupures, écorchures, etc.

- un sachet plastique, non pour y mettre sa cueillette, mais les déchets qu'on générera ;

- un téléphone portable, à défaut prévenir ses proches de l'endroit qu'on prospecte ;

- un guide d'identification ou une flore, en gardant à l'esprit les limites de ces outils et qu'ils ne remplaceront jamais le terrain ;

- etc.

Règle n° 7 : identifier correctement la plante par son nom de genre et d'espèce

Une détermination rigoureuse de la plante est indispensable pour deux raisons :

- pour éviter toute confusion avec une plante toxique lors de la cueillette. Une liste de plante toxique indicative est consultable sur le site http://www.toxiplante.fr/. Tout cueilleur connaît les plantes toxiques.

- pour ne pas prélever une plante protégée. La liste des plantes protégées au niveau national est indiquée dans ce lien :

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000865328

En plus de ces listes se rajoutent également des protections au niveau régional, consultables sur le lien suivant : https://inpn.mnhn.fr/reglementation/protection/listeProtections/regional

Cueillir des plantes nécessite donc des connaissances botaniques solides. Pour les acquérir, rien ne remplace le terrain, des sorties avec des professionnels. Pour amorcer la démarche, ne pas hésiter à se rapprocher de l'office de tourisme le plus proche pour voir si des sorties sont organisées et s'il existe une association naturaliste.

On ne ramasse que ce qu'on a formellement et rigoureusement identifié. Dans le doute on s'abstient.

Règle n°8 : se poser la question si consommer cette plante ne vas pas me nuire ou nuire à mes convives

La comestibilité est une notion très relative.

De façon générale, associés à certains aliments, l’activité de certains médicaments peut être altérée. Les interactions entre médicaments et aliments peuvent être à l’origine d’une augmentation des effets indésirables ou d’une diminution de l’efficacité du médicament.

Ces interactions sont connues et mentionnées dans la notice des médicaments qu’il est toujours recommandé de lire attentivement.

De plus, certaines plantes peuvent être déconseillées aux personnes souffrant de pathologies particulières, comme par exemple les Rumex ou Oxalis, contenant des oxalates et déconseillés aux personnes souffrant de pathologies articulaires et/ou rénales notamment.

Certaines parties de plantes comestibles sont également inscrites à la pharmacopée française et ont donc des propriétés médicinales. La liste A de la pharmacopée française les indique en grisé. (http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/fedf77a46c9cdecc7fbb63dd957e8dd4.pdf)

Consommer intelligemment des plantes sauvages
Consommer intelligemment des plantes sauvages

Si la partie de la plante est en grisée, cela signifie qu'en plus d'avoir des propriétés médicinales, cette partie à également un usage culinaire ou condimentaire. Si la partie n'est pas grisée, je ne consomme pas.

Si la partie de plante est grisée, je regarde néanmoins sur le site Wikiphyto s'il y a des contre indications.

Dans tout les cas, si je suis un traitement particulier, présente une pathologie, suis une personne enceinte, enfant en bas-âge, personne immuno déprimée, personne âgée, je demande un avis médical préalable avant de consommer une plante sauvage.

Règle n°9 : cueillir avec parcimonie

Ne prélevez qu’une petite partie des spécimens que vous trouvez à un endroit, puis allez plus loin pour chercher un autre spot. De même, sur une plante, ne prenez que quelques feuilles, branches ou fruits pour lui laisser une chance de se régénérer ou de se reproduire. Et surtout, ramassez seulement ce dont vous avez besoin à ce moment.

Les jeunes pousses sont fragiles, les fleurs coupées ne repoussent pas. On en laisse pour tout le monde, pour la plante et pour les pollinisateurs.

On entend souvent qu'il ne faut pas prélever plus de 10 % de la source. J'adopte le principe suivant qui est que chez un bon cueilleur, on ne doit pas remarquer qu'il a prélevé quelque chose. D'où l'importance de multiplier les spots et de ne pas en dévaster un.

Règle n°10 : utiliser du matériel adéquat

Au contact du plastique, la cueillette se gâte ! Et plus elle y reste longtemps, pire c’est.

Le conseil : privilégiez des sacs en tissu ou encore un panier en osier

Règle n°11 : cueillir des plantes saines et pas trop âgées

Pensez que votre couteau peut propager des pathologies à d'autres plantes saines.

Règle n°12 : ne pas blesser la plante

Prélever juste la partie qui vous intéresse en la coupant nettement, avec du matériel propre, non rouillé, sans arracher toute la plante.

Règle n°13 : être vigilant et informé des dangers parasitaires

Le principal risque est la contamination par les œufs du parasite d'Echinococcus multilocularis, véhiculé par les crottes du renard. Il est cependant inutile de traquer les déjections pour identifier un risque, le parasite pouvant survivre plusieurs mois à terre. A l'inverse, il y a moins de danger à manger des végétaux s'élevant à quelques centimètres du sol. Seule une cuisson à plus de 65°C une dizaine de minutes pour détruire le parasite et rien d'autre, ni le séchage, ni la congélation ni le trempage dans une solution vinaigrée.

Une information fiable sur les dangers parasitaires se trouve sur le site de l'ANSES (anciennement AFSSA)

Règle n°14 : être à jour dans ses vaccinations.

Crapahuter dans la nature, c'est souvent faire intime connaissance avec les ronces, s'écorcher, se faire des plaies, etc, des aléas qui augmentent le risque d'attraper le tétanos. Cette maladie est mortelle. Être à jour dans sa vaccination prévient à la maîtrise de ce danger.

Règle n°15 : de retour, je me douche et m'ausculte

Les tiques peuvent véhiculer plusieurs maladies dangereuses dont la maladie de Lyme. De retour de la promenade, se doucher et s'ausculter, surtout les endroits où la peau est la plus fine et que les tiques affectionnent (pli de l'aine, pli du coude, etc.). Il faut également connaître les symptômes associés à la maladie de Lyme, surtout la phase aiguë où il est encore temps d'agir.

Consommer intelligemment des plantes sauvages

Règle n°16 : préparer et cuisiner correctement les plantes

Bien nettoyer ses mains avant et après la cueillette, nettoyer soigneusement sa cueillette à l’eau claire. Le trempage ou rinçage avec de l'eau vinaigrée n'apporte aucune plus value (pour approfondir ce sujet, voir http://gillesw.over-blog.com/2016/03/le-vinaigre-dans-le-nettoyage-des-plantes-sauvages-entre-mythe-et-realite.html)

Un mauvais séchage des plantes peut entraîner l'apparition de moisissures et par conséquent la synthèse de mycotoxines dangereuses, mais aussi la dégradation dans la plante de molécules en molécules dangereuses pour l'homme.

Conclusion

Cueillir des plantes sauvages obéit à une éthique, un respect de la nature qui nous offre certaines plantes pour se nourrir et pour se soigner. Les plantes ne sont pas à notre service. Elles ont une place équivalente à la nôtre dans la biosphère. Alors traitons les avec respect pour être un consommateur raisonné et responsable.

Et même si la cueillette n'a pas été bonne, s'oxygéner au contact de la nature, faire de la marche, bouger, c'est déjà très profitable.

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